Si l’on fermait les yeux un instant, on aurait pu croire à un retour dans les grandes heures de l’ère Sky : un coureur d’Ineos Grenadiers s’envolant en solitaire face aux cadors pour lever les bras sur une arrivée mythique.
Mais en 2025, la réalité est toute autre. Thymen Arensman, 25 ans, a signé deux superbes victoires de prestige, certes, mais dans une équipe britannique en plein questionnement, sans ambition concrète au classement général.
Déjà vainqueur à Superbagnères devant un Pogačar lancé à pleine vitesse, Arensman a remis ça à La Plagne, en déposant ni plus ni moins que Vingegaard et Pogačar dans la dernière montée de l’étape 19. Deux performances XXL qui sauvent l’image d’une équipe Ineos loin de ses standards passés.
Car sur le plan du général, la formation britannique accuse le coup. Arensman est le mieux classé en 12e position, à près d’une heure du maillot jaune slovène. Derrière lui, c’est un gouffre : Axel Laurance pointe à la 53e place, Geraint Thomas (qui prendra sa retraite en septembre) est 58e, et Carlos Rodriguez, l’espoir pour le général, a dû abandonner sur blessure lors de la 17e étape.
Le contraste est cruel avec les années fastes. En 2019, Ineos plaçait Bernal et Thomas sur le podium. Aujourd’hui, l’équipe semble dépassée par l’armada de UAE Team Emirates et Visma-Lease a Bike, ainsi que par l’émergence de talents impossibles à contenir.
Zak Dempster (DS Ineos) : « Nous devons repenser notre approche »
Face à ce constat, Zak Dempster, directeur sportif d’Ineos, reste lucide. Il évoque un changement d’état d’esprit, assumant que l’équipe s’est, trop longtemps, accrochée à un modèle dépassé :
« Franchement, cette équipe n’a pas su s’adapter. L’hiver dernier, on a vraiment décidé de repenser notre stratégie. Thymen devait viser le général au Giro, ça n’a pas marché. Alors on est venu sur le Tour avec une idée simple : viser des étapes. Et ça a payé. »
Dempster assure que l’objectif à terme reste de construire un nouveau leader pour le général, que ce soit en développant un coureur comme Arensman ou en recrutant un vrai prétendant.
« S’il faut aller chercher ce coureur ailleurs, on mettra les moyens. Mais on ne veut plus revivre un Tour sans impact. »
Quel avenir pour Ineos ?
La question demeure : Ineos doit-elle tirer un trait sur le général pour se concentrer sur les étapes ? Ou garder l’ADN Sky et viser à tout prix le maillot jaune, quitte à courir dans le vide ? Dempster, en tout cas, croit encore à Arensman comme futur coureur de classement, capable de jouer sur plusieurs tableaux :
« Aujourd’hui, avec les attaques à longue distance, ce profil hybride devient la norme. Thymen peut lire une course, se projeter dans une échappée, et il a la caisse pour tenir. Ça, ça vaut de l’or pour un futur prétendant au général. »

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