Cyclocross américain en crise : Andrew Strohmeyer tire la sonnette d’alarme


Le cyclocross traverse une crise profonde aux États-Unis. Jadis discipline en plein essor, portée par des manches de Coupe du monde prestigieuses à Waterloo ou Fayetteville, elle se retrouve aujourd’hui marginalisée, concurrencée par l’explosion du gravel et abandonnée progressivement par les sponsors, les fans et même les jeunes talents américains.

Au cœur de ce constat alarmant, une voix s’élève : celle d’Andrew Strohmeyer, champion des États-Unis en titre. Dans un entretien accordé à Wielerflits, il décrit une situation préoccupante, voire invivable pour de nombreux athlètes.

« Je ne touche même pas de salaire »

Malgré son statut national, Strohmeyer révèle une réalité glaçante :

« Je ne touche pas de salaire. Aucun coureur américain n’en touche. J’ai seulement quelques sponsors individuels qui m’aident un peu. »

Une déclaration qui choque dans un pays où les budgets sportifs sont parmi les plus importants au monde — et qui avait accueilli les championnats du monde de cyclocross en 2022. Aujourd’hui, le cyclocross américain est exsangue.

Le gravel, un raz-de-marée qui aspire toutes les ressources

Le champion pointe un phénomène devenu incontournable :

« Le boom du gravel a tout absorbé. Les marques, les coureurs, les budgets… Tout le monde se tourne vers ça. C’est le nouveau truc à la mode. »

Le constat est implacable :

  • Plus de prize money significatif en cyclocross.

  • Les jeunes quittent la discipline faute de perspectives professionnelles.

  • Les fédérations privilégient officiellement le gravel.

Strohmeyer donne un exemple frappant :

« Pas un dollar de prize money aux championnats nationaux depuis des années. Pour le gravel, soudain, il y a 12 000 dollars. C’est absurde. »

Un calendrier amputé : la fin des manches américaines de la Coupe du monde

La situation s’est aggravée avec la disparition des manches de Coupe du monde américaines, sorties du calendrier faute de moyens et pour réduire les déplacements internationaux.

« C’était incroyable de courir une Coupe du monde à domicile, mais ce n’était qu’un ou deux jours par an. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est d’un Américain qui brille en Europe. »

Le jeune champion de 23 ans semble prêt à mener cette mission… quitte à effectuer un choix radical.

Cap sur l’Europe, même au prix d’un sacrifice

Dans l’espoir d’être recruté par une structure européenne et d’avoir enfin un avenir dans sa discipline, Strohmeyer annonce qu’il pourrait faire une croix sur un rendez-vous symbolique :

« Je vais peut-être sauter les championnats des États-Unis pour rester toute la saison en Europe. »

Un sacrifice révélateur de l’état d’urgence dans lequel se trouve le cyclocross américain.

Un avenir encore possible ?

La discipline n’est pas morte, mais elle vacille. Le talent, l’envie et la passion sont toujours là chez les jeunes coureurs. Mais sans perspectives économiques, sans soutien fédéral, sans évènements majeurs, la filière pourrait s’effondrer définitivement.

Pour Strohmeyer — et pour beaucoup d’autres —, l’espoir passe désormais par l’Europe. C’est là que se jouera peut-être la renaissance du cyclocross américain.

Post a Comment

Plus récente Plus ancienne