À un peu moins de cinq mois du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix, Wout van Aert semble déjà plongé dans les classiques qui continuent de lui échapper. Cette semaine, le Belge a été aperçu en pleine reconnaissance sur la pierre de Camphin-en-Pévèle, qu’il a parcourue à sept reprises dans la même sortie. Un geste qui ressemblait autant à une séance de tests matériel qu’à une manière d’entamer un travail mental profond.
Cette observation intervient peu après une interview accordée à The Athletic, dans laquelle Van Aert évoque sans détour les séquelles physiques et psychologiques de ses chutes en 2024, une saison qui a laissé son corps – et en particulier son genou droit – durablement marqué.
Flandres et Roubaix : les deux manquantes
Depuis plusieurs années, Van Aert le répète : il veut gagner Flandres et Roubaix. En 2025, il a terminé quatrième de ces deux monuments, des résultats déjà impressionnants mais qui ont été obtenus dans un contexte particulier. Car ses deux chutes sévères de 2024 – d’abord à Dwars door Vlaanderen, puis à la Vuelta – n’étaient séparées que de quelques mois. Une accumulation rare, et un choc mental tout aussi important que les blessures physiques.
L’expert Marc Sergeant confiait récemment à Het Nieuwsblad que Van Aert avait pu se montrer “trop gentil” dans certains moments décisifs de Paris-Roubaix, notamment dans la Trouée d’Arenberg. Une hésitation peut-être accentuée par les cicatrices du passé : “Est-ce la peur après tous ces crashs qui le fait freiner plus souvent qu’avant ?”, s’interroge-t-il.
Quand le corps guérit, mais pas toujours la tête
Les recherches le confirment : des décisions prises en une fraction de seconde sont fortement influencées par l’histoire traumatique d’un athlète. Et à Roubaix, le moindre doute se paie cash.
Van Aert connaît malheureusement bien ce mécanisme.
À Dwars door Vlaanderen, un crash à grande vitesse l’a laissé avec une clavicule et des côtes fracturées, l’écartant de l’intégralité des classiques flandriennes. Quelques mois plus tard, alors qu’il retrouvait son niveau à la Vuelta, une lourde chute sur des rochers lui entaillait profondément le genou droit, mettant fin à sa saison et à sa quête du maillot vert.
Le Belge confie que les cicatrices visibles rendent la récupération psychologique plus lente :
“Le genou a vraiment mauvaise mine. Chaque fois que je regarde en bas, ça me rappelle ce qui s’est passé.”
Dans un sport où l’on glorifie souvent la résilience et la douleur, ses mots rappellent que les blessures ne s’arrêtent pas à la guérison physique. Les souvenirs restent, et les marques aussi.
Un travail mental autant que technique
S’il est courant de voir des coureurs tester pressions de pneus ou sections de pavés avant Roubaix, le fait de rouler sept fois le même secteur montre la volonté de Van Aert de s’approprier à nouveau les pavés.
Répéter, répéter encore, jusqu’à ce que les automatismes reviennent et que le doute s’efface.
Cette démarche peut réduire l’incertitude, renforcer la maîtrise, et surtout restaurer un sentiment de contrôle essentiel pour performer au plus haut niveau.
Un champion loin d’être à terre
Sa victoire éclatante sur Montmartre lors de la dernière étape du Tour de France 2025 a prouvé que Van Aert n’est pas un coureur diminué. Il reste l’un des plus complets du peloton, l’un des plus craints, l’un des plus admirés.
Et s’il s’entraîne déjà comme si Paris-Roubaix commençait demain, c’est peut-être parce qu’il sait que 2026 peut être son année. À condition, peut-être, de ne plus être “trop gentil” au moment décisif.

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