L’année cycliste féminine 2025 restera comme celle du retour fracassant de Pauline Ferrand-Prévot sur la route, couronné par une victoire immédiate et éclatante sur le Tour de France Femmes. Une réussite sportive exceptionnelle, presque irréelle, qui a replacé le cyclisme français au sommet…
Un 2 août 2025 entré dans l’histoire
Le 2 août 2025, au sommet du col de la Madeleine, la France entière retient son souffle. À près de 2000 mètres d’altitude, Pauline Ferrand-Prévot déclenche une accélération foudroyante à onze kilomètres de l’arrivée. Une attaque que personne ne parvient à suivre.
D’abord distancées, Demi Vollering et Kasia Niewiadoma, toutes deux anciennes vainqueures de la Grande Boucle, sont rapidement reléguées. Puis c’est Sarah Gigante, dernière rivale au classement général, qui cède à son tour. La Française reprend la dernière échappée du jour et s’envole seule vers la victoire d’étape et le maillot jaune, au point culminant du Tour de France Femmes 2025.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes :
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1’45’’ d’avance sur la deuxième de l’étape,
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plus de 3 minutes sur Vollering et Niewiadoma,
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une démonstration de force rare, presque déroutante.
Ferrand-Prévot confirme en s’imposant à nouveau sur la dernière étape, bras écartés sur la ligne d’arrivée, comme pour inviter le public à partager ce moment d’exception.
Une victoire symbolique pour le cyclisme français
Avec ce succès, Pauline Ferrand-Prévot devient la première Française à remporter le Tour de France Femmes version ASO, mettant fin à des décennies de disette tricolore au plus haut niveau, hommes et femmes confondus. Une précision historique demeure néanmoins : Jeannie Longo avait remporté la Tour de France féminin à trois reprises entre 1987 et 1989, une compétition dont l’héritage reste débattu.
Quoi qu’il en soit, la victoire de Ferrand-Prévot marque un tournant. Dans un pays où le cyclisme offre les plus grandes scènes du monde mais où les champions nationaux se faisaient rares, la Française redonne une figure héroïque au public.
Une carrière hors normes… et fragmentée
À 33 ans, la native de Reims incarne l’archétype de la championne totale. Championne du monde sur route à seulement 22 ans, unique coureuse de l’histoire à avoir porté simultanément les maillots arc-en-ciel sur route, en cyclo-cross et en VTT, Ferrand-Prévot a toujours défié les catégories.
Pourtant, sa trajectoire n’a jamais été linéaire. Après des débuts fulgurants, elle se perd progressivement dans le peloton sur route, notamment lors de son passage chez Canyon-SRAM, jusqu’à perdre le plaisir de courir. Une opération à une artère de la jambe, révélant l’origine de ses contre-performances, relance alors sa carrière… mais sur les sentiers du VTT.
Là, elle empile les titres mondiaux et olympiques, jusqu’à l’or olympique à Paris en 2024, ultime accomplissement de sa carrière de vététiste. Une fois ce rêve atteint, un nouveau défi s’impose.
Le pari Visma et un objectif assumé
Ferrand-Prévot signe alors chez Visma-Lease a Bike, au sein d’une équipe structurée autour de Marianne Vos, son ancienne coéquipière et mentor. Elle paraphe un contrat de trois ans avec un objectif clair : tenter de gagner le Tour de France.
Un objectif qu’elle ne se contente pas de tenter, mais qu’elle réalise dès sa première participation, et avec une facilité qui surprend jusqu’aux observateurs les plus aguerris.
Une domination qui ouvre le débat
La manière interroge autant qu’elle impressionne. Dès la fin du Tour, une discussion s’installe autour de la silhouette extrêmement affinée de la Française. Sans accusation directe, la question du poids, de la restriction alimentaire et des troubles associés (RED-S) refait surface dans le cyclisme féminin.
Interrogée, Demi Vollering se voit même demander si la victoire sur le Tour passe désormais par un régime aussi strict que celui de la lauréate. Une interrogation lourde de sens dans un sport où les dérives liées à la nutrition ont laissé des traces profondes.
Ferrand-Prévot se défend de donner un mauvais exemple, soutenue notamment par Clara Koppenburg, qui rappelle la rigueur et le professionnalisme de la Française. PFP reconnaît elle-même les limites de cet équilibre :
« Je sais que ce n’est pas totalement sain », admet-elle.
Une saison éprouvante, physiquement et mentalement
La fin de saison révèle l’envers du décor. Vidée physiquement et mentalement, Ferrand-Prévot peine à retrouver son niveau lors des Championnats du monde au Rwanda. Une opération de la cheville début octobre vient confirmer que le chemin vers la gloire n’a pas été sans douleur, notamment après une chute sur les Strade Bianche au printemps.
Son année 2025, aussi brillante soit-elle, laisse donc une question en suspens : ce pic de forme est-il durable ?
Cap sur 2026, entre attentes et incertitudes
Pauline Ferrand-Prévot a déjà écrit l’une des plus belles pages du cyclisme féminin moderne. Mais l’histoire n’est pas terminée. La saison 2026 dira si ce retour fulgurant peut s’inscrire dans la durée, ou s’il restera comme un moment unique, à la fois glorieux et fragile.

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