Matteo Malucelli parle vite, mais chaque phrase chez lui porte une réflexion mûrie par les années. Sa trajectoire, faite de détours imprévus, de portes qui se ferment et d’autres qui s’entrebâillent, raconte l’histoire d’un cycliste qui n’a jamais cessé de croire en son propre sprint. Sa victoire la plus importante n’est peut-être pas celle inscrite sur un palmarès, mais le chemin qui l’a mené jusqu’au WorldTour.
Son aventure commence comme un entêtement d’enfant. Deux ans durant, il supplie ses parents de le laisser faire du vélo alors qu’ils préfèrent le voir avec un ballon, loin des routes dangereuses. Il insiste, gagne son premier combat et roule dès lors avec l’ambition d’imiter les Petacchi, Bettini ou Cipollini qu’il regarde en boucle sur cassette.
Le talent est là, la persévérance aussi. En 2015, il décroche sa première grande victoire : l’ultime étape de la Volta a Portugal. Un succès avec une modeste équipe, mais suffisamment éclatant pour attirer Gianni Savio, qui lui ouvre la porte d’Androni. Matteo grandit « à feu doux », à une époque où les jeunes coureurs avaient encore droit au temps.
Puis vient l’Espagne, avec Caja Rural. Deux ans d’apprentissage difficile : la langue, l’intégration, puis la pandémie qui brouille tout repère. L’équipe ne le prolonge pas. Mais l’Italie, encore une fois, lui tend la main : Savio le récupère pour relancer sa carrière.
En 2022, il signe chez Gazprom et pense tenir enfin sa chance. Deux mois plus tard, la guerre en Ukraine provoque la disparition immédiate de l’équipe. Désemparé, sans contrat en plein mois de février, il traverse une période d’incertitude avant d’être sauvé par un appel inattendu : la sélection italienne l’invite pour le Tour de Sicile. Il y signe une victoire superbe, mais l’écho ne suffit pas. Personne ne l’engage, sauf un projet venu de loin : le China Glory.
Dès lors, Matteo devient globe-trotteur du peloton : Belgique avec Bingoal, Japon sous la houlette d’Alberto Volpi, puis l’Asie où il trouve enfin un terrain favorable à sa vitesse. En Malaisie, au Tour de Langkawi, il remporte la victoire qui marque un tournant personnel. Il célèbre les bras levés, en hommage à sa mère disparue. C’est sa troisième victoire sur l’épreuve, mais la plus symbolique. Cette fois, le WorldTour l’entend.
L’Astana l’engage. Il y arrive par la « petite porte », celle réservée aux coureurs venus du Continental, mais il la transforme en voie royale : huit victoires cette année, toutes en Asie, où son sprint est mieux compris que partout ailleurs.
Lorsqu’il évoque le Giro d’Italia, qu’il n’a jamais disputé, son regard hésite. Il sait qu’y participer a un coût : préparation totale, renoncements, récupération longue. Peut-être qu’il n’en a plus besoin. Sa carrière, dit-il en souriant, l’a mené partout, lui a appris le monde, lui a donné des victoires qui comptent autrement.
Au Portugal, il est devenu professionnel. En Sicile, il a retrouvé la confiance. En Malaisie, il a gagné pour sa mère et pour lui-même. Et dans le WorldTour, enfin, Matteo a trouvé la reconnaissance qu’il poursuivait depuis son premier rêve d’enfant, lorsque son sprint n’était encore qu’un rêve devant un téléviseur.

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