Avec une franchise bouleversante, l’Américaine Veronica Ewers, révélation du cyclisme féminin en 2022, a annoncé qu’elle se retirera totalement des compétitions en 2026 pour se consacrer à une reconstruction médicale complète.
À 31 ans, la coureuse originaire de l’Idaho a révélé que ses derniers examens sanguins avaient montré des taux hormonaux “quasiment inexistants”, conséquence d’une décennie de troubles alimentaires et de nombreuses années d’aménorrhée.
Une reprise impossible
Après avoir mis entre parenthèses la moitié de sa saison 2024 pour guérir, Ewers espérait encore concilier entraînement, compétition et rétablissement lors de son retour en 2025. Mais très vite, l’équilibre s’est avéré intenable.
« Essayer de performer sans hormones stables, tout en tentant de guérir, c’était comme se cogner la tête contre un mur », explique-t-elle.
Consciente d’être arrivée à un point de rupture, l’Américaine a fait son choix : elle ne courra pas et ne s’entraînera pas en 2026, afin de permettre à son corps de repartir de zéro.
« Je me suis mise dans un trou en maltraitant mon corps trop longtemps… J’ai besoin d’un reset total. Je suis fatiguée d’être médiocre. »
Au-delà de la performance sportive, c’est la santé future qui la guide désormais :
« Je veux encore pouvoir randonner, faire du vélo ou courir quand je serai plus âgée. »
Un parcours fulgurant, mais miné par dix ans de troubles alimentaires
L’ascension d’Ewers avait pourtant de quoi inspirer. Arrivée tard dans le cyclisme — sa première sortie remonte à 2018, sur un vélo trop grand et en leggings — elle gravit les échelons à vitesse éclair :
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Bronze aux Championnats US 2021,
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4ᵉ du Giro Donne 2022,
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9ᵉ du Tour de France Femmes la même année.
Mais derrière la progression se cachait une réalité plus sombre. Ewers détaille un passé marqué par :
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de l’anxiété non diagnostiquée,
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des pressions sportives universitaires,
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une évolution vers un trouble alimentaire alternant restriction et boulimie,
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l’absence totale de règles depuis 2014,
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une fragilité osseuse inquiétante,
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des problèmes digestifs sévères,
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et même une quasi-insuffisance rénale lors d’une sortie en 2023 alors qu’elle était déshydratée.
L’arrivée en Europe, avec son environnement hyper-compétitif, n’a fait que raviver le « démon » comme elle l’appelle :
« La compétition ne s’arrêtait pas à la ligne d’arrivée. Elle continuait dans la cuisine et à table. »
Après un “fond du trou” en 2023, puis une tentative de reconstruction en 2024, les dégâts hormonaux, eux, n’ont jamais complètement disparu.
Un avenir à reconstruire
Aujourd’hui entourée de spécialistes, Ewers travaille sur ce qu’elle appelle « la restauration du poids corporel » et l’acceptation d’une identité qui ne soit plus uniquement celle d’une athlète.
« Je ne sais pas qui je suis en dehors du sport, dit-elle. Mais je ne laisserai plus mon démon reprendre le dessus. »
Si elle se retire pour 2026, elle n’exclut pas un retour, mais seulement lorsque son corps sera réellement prêt :
« Je veux revenir un jour, dans un corps fonctionnel, et montrer qui je suis vraiment. »
EF Education–Oatly : un soutien total
Son équipe a confirmé la décision, expliquant que la coureuse « gérait un RED-S depuis plusieurs années » et que sa santé passait avant tout.
Esra Tromp, directrice générale, a salué son courage :
« Veronica a fait preuve d’une immense détermination. Nous continuerons à la soutenir et espérons la revoir en pleine santé très bientôt. »

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