Tom Dumoulin : confidences d’un champion qui a choisi la liberté


Tom Dumoulin restera comme l’un des coureurs les plus marquants de sa génération. Vainqueur du Giro 2017, premier Néerlandais à inscrire son nom au palmarès de la Corsa Rosa, maître du contre-la-montre et grimpeur d’exception, il semblait taillé pour multiplier les succès sur les Grands Tours. Pourtant, en 2022, à seulement 31 ans, le « Papillon de Maastricht » a décidé de ranger le vélo, usé par les exigences du très haut niveau.

Dans un entretien accordé à El Tiempo, l’ancien champion a évoqué avec franchise les raisons qui l’ont conduit à cette décision difficile. « Lors des dernières années, j’ai souffert de la pression, des voyages, de la structure. Je n’avais plus le contrôle de ma carrière », confie-t-il. Sponsors, médias, équipe, supporters… Dumoulin avait le sentiment que tout le monde attendait quelque chose de lui, sauf la question essentielle : « Tom, qu’est-ce que toi tu veux ? »

Après avoir longtemps repoussé l’échéance, il a finalement compris qu’il devait mettre un terme à son parcours professionnel. Épuisé physiquement et mentalement, il ne vivait plus son rêve. « À ce niveau, face aux meilleurs du Giro, du Tour et de la Vuelta, la pression est immense. Je n’avais plus le choix, il fallait m’arrêter. »

Dumoulin observe avec admiration l’évolution du cyclisme actuel : structuration poussée, technologies avancées, explosion du niveau général. Remco Evenepoel, Jonas Vingegaard ou encore Tadej Pogacar repoussent les limites, notamment en montagne. Mais il alerte sur un risque majeur : la perte d’autonomie des coureurs. « Le cyclisme devient un sport où l’on suit des ordres. Trouver l’équilibre entre structure et liberté est très difficile. Ceux qui y parviennent, comme Evenepoel ou Pogacar, peuvent atteindre l’excellence. »

Au sujet de Pogacar, Dumoulin n’hésite pas : le Slovène est peut-être le meilleur de l’histoire. « Ce qu’il fait est incroyable. Certains jours, les courses en deviennent presque ennuyeuses, tant il est au-dessus. J’espère que d’autres coureurs pourront se rapprocher. » Et lorsqu’on lui demande s’il aurait pu le battre à son meilleur niveau, la réponse fuse : « Jamais. Il est bien trop fort. »

Le Néerlandais revient aussi sur son Giro 2017, marqué par son fameux incident intestinal sur la 16e étape. Une mésaventure que les fans n’ont pas oubliée. « Je ris de ça aujourd’hui, mais c’était dur. J’avais trop mangé au petit-déjeuner. Malgré la perte de temps, je n’ai pas cédé le maillot rose. Cela a montré ma détermination. »

Reconnaissant envers le cyclisme colombien, pays où il a souvent roulé et où il s’est senti porté par la passion populaire, il retient surtout les valeurs transmises par le sport : discipline, résilience, force mentale. « Regardez Egan Bernal : il s’est relevé de tout. C’est un message que je veux partager. »

Tom Dumoulin, lui, a choisi la liberté. Et même s’il n’est plus dans le peloton, son héritage, fait d’intelligence de course, de classe et d’humanité, marque encore profondément le cyclisme moderne.

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