En remportant à la mi-décembre son troisième titre national américain de cyclocross élite à Fayetteville (Arkansas), Eric Brunner a validé l’objectif principal qu’il s’était fixé pour 2025. Une victoire en solitaire, autoritaire, qui confirme son statut de référence du cyclocross outre-Atlantique. Pourtant, le chemin qui l’a mené à ce sacre n’a rien de classique : c’est sur la route, bien plus que dans les sous-bois, que le coureur de 27 ans a bâti son succès.
« J’ai beaucoup plus couru sur route cet été que ces dernières années, et ce n’était pas prévu au départ », explique Brunner. Initialement, son programme devait être davantage orienté VTT, avant qu’une saison routière particulièrement réussie ne change la donne. « La route m’a naturellement attiré de nouveau. »
La route comme meilleure préparation au cyclocross
Pour Brunner, les enchaînements d’efforts propres aux courses par étapes constituent une préparation idéale, même pour une discipline aussi explosive que le cyclocross. « Même si le cyclocross est court, il faut s’entraîner autant que pour la route. Enchaîner les jours difficiles, comme en course par étapes, est la meilleure école possible. »
Le résultat est sans appel : en 12 courses de cyclocross disputées aux États-Unis, Brunner est monté 11 fois sur le podium, avec sept victoires. Déjà titré en 2021 et 2023, il s’impose également comme un habitué des grands rendez-vous continentaux, avec quatre titres consécutifs aux Pan-Am Championships en cinq participations.
Retour au premier plan sur route avec Project Echelon Racing
Ces performances ont convaincu Project Echelon Racing, qui accueille Brunner à nouveau au niveau Continental pour la saison 2026. Le coureur sera l’un des leaders de l’équipe sur les courses nationales et internationales, dans une formation qui entame sa 10e saison d’existence.
« Mon objectif était de le recruter après sa performance au Tour of the Gila », explique Eric Hill, fondateur et manager de l’équipe. « Il encaissait tout ce qu’on lui lançait, et il a fallu attendre les derniers mètres du dernier jour pour le battre au général. Il a montré sa profondeur, son caractère et sa volonté de gagner. »
Ancien pensionnaire des équipes continentales 303 Project et Aevolo, Brunner avait ensuite créé sa propre structure de cyclocross, limitant ses apparitions sur route. En 2025, il a effectué un retour marqué, avec notamment des top 5 au Redlands Bicycle Classic et au Tour de Murrieta, avant de terminer 2e du classement général du Tour of the Gila (UCI).
Un profil complet, encore en construction
Chez Project Echelon, Brunner est perçu comme un coureur polyvalent, capable de briller sur plusieurs terrains. « Il peut rouler contre-la-montre, il est très à l’aise en critérium et il sait grimper », résume Hill, qui voit en lui un successeur naturel de Tyler Stites, pilier de l’équipe en 2024.
Le principal intéressé, lui, préfère rester prudent : « Je suis encore en train de définir mon style. J’aime les courses dures, pas forcément avec de longs cols, mais où tout le monde est à la limite. Je m’entraîne pour être le plus complet possible. »
Dès mars, Brunner retrouvera l’Europe avec le Tour of Rhodes et le Rhodes Grand Prix, des épreuves qu’il connaît déjà et qui correspondent parfaitement à son profil d’athlète complet.
Une équipe engagée au-delà des résultats
L’année 2026 sera également marquée par la sortie du film « Outride the Darkness », un documentaire de 37 minutes retraçant les dix ans de Project Echelon Racing et sa mission auprès des vétérans de l’armée américaine, utilisant le sport comme outil de reconstruction physique et mentale.
« Notre équipe et notre organisation ont aidé des milliers de vétérans à surmonter leurs difficultés : solitude, dépression, stress post-traumatique », explique Hill. « Le film raconte cette résilience, sur le vélo comme en dehors. »
Avant de se consacrer pleinement à la route, Brunner effectuera un stage hivernal en Espagne avec sa nouvelle équipe. Un dernier retour en cyclocross reste possible, notamment lors de la Coupe du monde de Benidorm, le 18 janvier. Mais l’essentiel est ailleurs : l’avenir d’Eric Brunner s’écrit désormais autant sur l’asphalte que dans la boue.

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