La deuxième saison d’Unibet Tietema Rockets au niveau ProTeam restera comme l’une des plus spectaculaires progressions récentes du cyclisme professionnel. En l’espace de quelques mois, l’équipe est passée du statut d’outsider sympathique à celui de candidat crédible à une wildcard pour le Tour de France. Une transformation fulgurante dont Lukas Kubis a été l’un des principaux visages.
Le Slovaque a vécu cette montée en puissance depuis la première ligne, incarnant à la fois l’évolution sportive de l’équipe et sa quête de reconnaissance au sein du peloton international.
De la patience au déclic
La trajectoire de Kubis est tout sauf linéaire. En 2019, il rejoint l’équipe continentale Dukla Banska Bystrica, où il passera cinq saisons. Une période qu’il décrit comme épanouissante sur le plan humain, mais sans véritable explosion sportive.
« C’était un endroit où je pouvais profiter de la vie et du vélo », explique-t-il.
Le véritable tournant intervient en 2024, lorsqu’il rejoint Elkov-Kasper. Là, tout s’accélère.
« Quand je suis arrivé chez Elkov, j’étais très heureux de mon entraîneur. Il a fait toute la différence… En trois ou quatre mois, il m’a fait passer d’un coureur moyen à un coureur capable de gagner », confie Kubis.
Les résultats suivent immédiatement : cinq victoires, ainsi que les titres nationaux slovaques sur route et contre-la-montre, qui installent définitivement Kubis dans une autre dimension.
Reconnaissance internationale… sans WorldTour
Cette progression éclair propulse Kubis au cœur des grandes compétitions. En 2024, il participe aux Jeux Olympiques de Paris, où il prend la 29e place, après avoir également brillé aux Championnats d’Europe (14e).
« J’ai tout donné aux Jeux, aux Européens, et sur de nombreuses courses 1.1 et 2.1. Les résultats se sont enchaînés, on a commencé à parler de moi, à reconnaître mon nom. Les offres sont arrivées. »
Pourtant, malgré ces performances, aucune équipe WorldTour ne se manifeste.
« Je pense que, quand on vient d’Europe de l’Est, c’est parfois plus difficile d’accéder au WorldTour. Le cyclisme y est moins populaire », analyse-t-il avec lucidité.
Un pari manqué pour certaines formations, puisque Kubis termine 60e du classement UCI 2025, devant des coureurs comme Søren Wærenskjold, Thibau Nys, Paul Seixas ou encore Enric Mas.
Une adaptation rapide au très haut niveau
Arrivé chez Unibet Tietema Rockets, Kubis doit toutefois franchir un nouveau cap. Le passage du niveau continental au ProTeam se révèle exigeant.
« Tout était différent. Les courses plus dures, plus longues. Le placement avant les secteurs pavés, les moments clés… c’était beaucoup plus important. En Conti, tu roules à bloc et tu vois après. »
Cette phase d’adaptation ne dure pas longtemps. Dès l’Omloop Het Nieuwsblad, Kubis frappe fort avec une 6e place, surprenant le peloton. Il enchaîne ensuite un printemps solide, pendant que les Rockets se montrent offensifs sur les routes belges et françaises.
Gagner le respect, course après course
Au-delà des résultats, c’est surtout le changement de regard du peloton qui marque la saison.
« Au début de l’année, c’était dur. On n’avait aucun respect », reconnaît Kubis.
« Mais course après course, avec nos résultats et notre manière de courir, ils ont compris qu’on n’était pas une petite équipe. On voulait de grands résultats. Le respect a grandi progressivement. En cyclisme, tu dois d’abord construire le respect, ensuite tu peux en profiter. »
Cette évolution collective a hissé Unibet Tietema Rockets parmi les équipes les plus commentées de la saison, au point de se retrouver aujourd’hui en pole position pour une invitation au Tour de France.
Une saison charnière
Pour Lukas Kubis comme pour son équipe, 2025 restera une année fondatrice. Une saison où un coureur longtemps sous-estimé a confirmé sa valeur au plus haut niveau, et où une équipe encore jeune a prouvé qu’elle pouvait bouleverser la hiérarchie établie.

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