Mauro Gianetti : « Avec Pogacar, j’ai ressenti la même chose qu’avec Federer »


Mauro Gianetti
connaît Tadej Pogacar depuis ses tout premiers coups de pédale au plus haut niveau. Patron de l’équipe UAE Team Emirates, le Suisse a vu passer des champions, mais chez le Slovène, il dit avoir immédiatement perçu quelque chose de différent. Au point de le comparer à une légende du sport mondial : Roger Federer.

« Quand nous avons recruté Pogacar, il avait un peu de surpoids, environ quatre kilos de plus qu’aujourd’hui. Mais malgré cela, dans les longs cols, il dominait déjà les meilleurs grimpeurs de sa génération. Il avait quelque chose de spécial. Cela m’a rappelé quand j’ai rencontré Federer aux Jeux olympiques de Sydney en 2000. Il avait 18 ans et dégageait déjà quelque chose d’unique. J’ai ressenti la même chose avec Tadej. »

Gredos, premier avertissement

L’intuition de Gianetti ne tardera pas à se confirmer. En 2019, Pogacar débarque sur la Vuelta a España et impressionne immédiatement. Une étape reste gravée dans la mémoire du manager : l’arrivée vers la Plataforma de Gredos.

« Le jour où il attaque en direction de Gredos, aucun des favoris ne parvient à revenir sur lui. Seul Movistar accélère un moment. S’ils ne l’avaient pas fait, Pogacar aurait sans doute gagné cette Vuelta à la place de Roglic. Mais le cyclisme est ainsi. »

Ce jour-là, Pogacar cesse définitivement d’être une promesse. Il devient une menace.

Le Tour 2020, sans pression

L’explosion planétaire survient lors du Tour de France 2020. La mythique contre-la-montre de La Planche des Belles Filles, où Pogacar renverse Primož Roglič, change sa carrière… mais pas sa mentalité.

« Je pensais qu’il pouvait gagner ce Tour. Il n’avait pas de pression. La pression génère du stress, alors que les opportunités produisent de l’énergie positive. Il abordait ce chrono avec plus à gagner qu’à perdre. Et surtout, cette victoire ne l’a pas transformé. Il ne s’est pas senti le roi du monde, il ne s’est pas acheté une Ferrari. Sa première pensée a été de prouver l’année suivante qu’il était le vainqueur légitime. »

Les défaites qui font grandir

Paradoxalement, le véritable tournant intervient après. Les victoires de Jonas Vingegaard sur les Tours 2022 et 2023 secouent Pogacar et son équipe.

« Ces défaites l’ont rendu plus sérieux. Le Tour qu’il gagne en 2021 a été très facile, il n’a pas été obligé de se remettre en question. Les revers face à Vingegaard l’ont poussé à travailler davantage. »

Gianetti évoque notamment la claque reçue lors du contre-la-montre du Tour 2023 :
« Ce n’était pas seulement un avertissement pour Pogacar, mais pour toute l’équipe. Nous avons compris qu’il fallait investir davantage dans le vélo de chrono, optimiser le poids pour les montées, ajuster sa position, le casque, la combinaison… absolument tout ce qui pouvait nous faire gagner une seconde. »

Un Pogacar plus complet, toujours souriant

Du douloureux Col de la Loze — que Gianetti qualifie paradoxalement de « meilleur jour de sa carrière » — est né un Pogacar plus mûr. Toujours spectaculaire, toujours souriant, mais désormais armé de l’expérience des coups durs.

Un champion qui a conservé son instinct, son plaisir et son audace… tout en intégrant chaque leçon. Comme Federer, Pogacar n’a pas seulement gagné grâce à son talent. Il a appris à devenir plus fort dans la défaite.

Post a Comment

Plus récente Plus ancienne