Visma face à un déficit de 6 millions : le modèle indépendant du géant néerlandais sous pression


Le contraste est frappant. Alors que UAE Team Emirates règne sur le peloton avec un budget sans équivalent – alimenté par des ressources étatiques stables – la plupart des équipes WorldTour doivent jongler avec leurs comptes pour rester compétitives. Parmi elles, Visma | Lease a Bike, double vainqueur de grands tours en 2025, se retrouve en pleine tempête financière.

Un déficit qui interroge

Le groupe Yellow B Cycling Holding BV, structure propriétaire du team Visma, a annoncé une perte opérationnelle de 6,1 millions d’euros pour l’année 2024, sur un total de 52 millions d’euros de revenus.
Un chiffre alarmant : il s’agit d’un déficit 30 fois supérieur à celui de certaines équipes comparables et presque six fois plus important que les pertes enregistrées par Astana, Decathlon ou Movistar.

Pour combler ce trou, les deux copropriétaires – Richard Plugge, PDG de l’équipe, et l’investisseur milliardaire néerlandais Robert van der Wallen – ont dû remettre la main au portefeuille via leurs holdings respectives.

Un modèle vertueux… mais coûteux

Le modèle Visma repose sur l’indépendance :

  • pas d’État derrière l’équipe,

  • pas de rachat par une multinationale,

  • maintien d’un contrôle total sur la structure.

Mais ce choix a un prix. L’équipe compte 172 employés (staff et coureurs), avec un coût de personnel de 32,9 millions d’euros, soit plus de 63 % de ses revenus totaux.
Les dépenses liées aux stages, transports, matériel et nutrition dépassent les 5 millions d’euros par an.

Une grande partie des revenus provient de partenariats matériels (Cervélo, Škoda, SRAM…), soit des apports en nature et non de la liquidité. Résultat : une partie du budget affiché n’est pas réellement disponible pour les opérations courantes.

L’effet domino sur le sportif

Ce déficit explique en partie la campagne de transferts jugée décevante de Visma en 2025.
L’équipe a préféré la continuité à des investissements massifs, à rebours d’écuries comme UAE, Red Bull-Bora ou Decathlon AG2R.

Le cas de Soudal Quick-Step, redevenu bénéficiaire après de sévères restrictions, rappelle que réduire les dépenses peut aussi affaiblir les résultats sportifs : moins d’ambitions, moins de leaders, et un recul au classement UCI.

Vers un changement de stratégie ?

Money in Sport note que la modification récente du capital social de Yellow B pourrait signaler une future levée de fonds. Le dilemme est clair :

  • préserver l’indépendance, au risque d’une instabilité financière
    ou

  • s’ouvrir à un investisseur majeur, au prix d’une perte de contrôle.

Dans un peloton où le budget moyen a doublé en dix ans, certains observateurs évoquent même le risque d’une bulle économique : croissance des dépenses sans hausse équivalente des audiences ni des revenus TV.

Conclusion

La situation de Visma pose des questions de fond :

  • Peut-on rester un top team sans un soutien financier massif et garanti ?

  • L’indépendance est-elle viable dans un cyclisme dominé par les multinationales et les États ?

  • Le sport doit-il envisager un salary cap pour éviter un décrochage structurel entre équipes ?

Une certitude : Visma reste une des trois équipes les plus riches du peloton… mais aussi l’une des plus exposées si la spirale budgétaire se poursuit.

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