Dans le cyclisme professionnel, les conflits internes restent le plus souvent confinés aux bus d’équipe. Mais certaines fissures deviennent trop visibles pour rester secrètes. UAE Team Emirates – XRG, formation riche en leaders et en talents, se retrouve une nouvelle fois au cœur d’un épisode révélateur, cette fois lors de la première étape du Tour de Suisse, où un désaccord entre João Almeida et Jan Christen a failli compromettre l’objectif principal de l’équipe.
UAE n’en est pas à sa première gestion délicate d’egos. Le cas de Juan Ayuso, dont le contrat a été rompu d’un commun accord à l’été 2024 après des tensions internes, reste dans les mémoires. Lors du Tour de France 2024, l’Espagnol avait déjà été impliqué dans un épisode similaire, lorsqu’il était resté en retrait alors qu’Almeida et Adam Yates préparaient une attaque pour Tadej Pogačar. Autant de situations souvent réglées en interne… mais pas toujours.
Au Tour de Suisse, la situation a pris une ampleur particulière dès la première journée. Grand favori du classement général, João Almeida perd plus de trois minutes dans une étape chaotique disputée sous la pluie, concédant un retard conséquent à Romain Grégoire, Kévin Vauquelin ou encore Julian Alaphilippe. Officiellement, les conditions météo et le scénario de course expliquent ce retard. Officieusement, un conflit interne a pesé lourd.
La retransmission télévisée, fortement perturbée par la météo, n’a montré qu’une partie de l’histoire. Derrière les images, une altercation sportive a opposé Almeida à Jan Christen, le jeune Suisse de l’équipe, désireux de courir pour ses propres ambitions sur ses routes nationales. Selon plusieurs sources internes, Almeida aurait demandé à Christen de collaborer dans un final piégeux. Refus catégorique. Un choix qui pousse le Portugais à attaquer seul, sous le coup de la colère, sans réel bénéfice.
Le malaise éclate au grand jour lorsque Mikkel Bjerg, coéquipier des deux hommes, critique publiquement Christen au micro de TV2 :
« J’ai été très surpris par son attaque. C’est bien de voir qu’il a de bonnes jambes, mais c’est dommage qu’il ne comprenne toujours pas comment aider l’équipe. »
Des propos rares à ce niveau, et révélateurs d’un climat tendu dans le bus UAE ce jour-là.
L’épisode surprend d’autant plus que quelques mois auparavant, João Almeida avait “offert” une victoire à Jan Christen lors de la Volta ao Algarve, en choisissant de ne pas le dépasser dans le final de l’Alto da Fóia, alors qu’il en avait les moyens. Un geste fort, rarement rendu en Suisse.
« À sa place, j’aurais rendu la pareille. C’était évident », confie anonymement un coureur de l’équipe.
Christen, finalement contraint à l’abandon lors de la sixième étape, ne jouera aucun rôle clé dans la conquête du maillot jaune, qu’Almeida parviendra néanmoins à décrocher. L’incident laisse toutefois des traces, alors que les deux hommes sont appelés à cohabiter à nouveau, notamment lors du Giro d’Italia 2026, où Almeida sera leader désigné, entouré d’un collectif incluant… Jan Christen.
Chez UAE, la richesse de talents reste une force. Mais comme souvent, elle exige un équilibre fragile entre ambitions individuelles et intérêts collectifs.

Enregistrer un commentaire