Les chiffres publiés récemment par l’Union Cycliste Internationale (UCI) confirment une tendance lourde : le coût du cyclisme professionnel continue de s’envoler, tant du côté des budgets des équipes que des salaires des coureurs. Une inflation rapide qui accentue les écarts entre formations et interroge la viabilité d’un modèle économique toujours très dépendant des sponsors.
Selon les données présentées lors du dernier séminaire de l’UCI à Genève, le budget moyen d’une équipe WorldTour masculine atteint désormais 33 millions d’euros pour la saison 2026, soit une hausse de 4,5 % par rapport à 2025. En deux ans, l’augmentation est encore plus marquante : en 2023, ce budget moyen s’élevait à 26,2 millions d’euros, ce qui représente une progression de près de 26 %.
Au total, les 18 équipes WorldTour, auxquelles s’ajoutent les deux formations automatiquement invitées (Tudor et Q36.5), concentrent désormais 663 millions d’euros de budget cumulé. Une croissance largement alimentée par l’arrivée ou le renforcement de grands investisseurs comme Lidl, Decathlon ou Red Bull, qui ont profondément modifié l’équilibre financier du peloton.
Des écarts de plus en plus marqués
Cette inflation ne profite toutefois pas à tous de la même manière. Les “super-équipes” comme UAE Team Emirates-XRG, Visma | Lease a Bike, Red Bull–BORA–hansgrohe, Lidl-Trek, Decathlon–CMA CGM ou INEOS Grenadiers disposent de budgets proches ou supérieurs à 50 millions d’euros. À l’inverse, Lotto-Intermarché, malgré la fusion de deux structures, fonctionne avec environ la moitié de ces moyens.
Une situation qui alimente de vives critiques. Pour l’ancien coureur belge Jan Bakelants, le cyclisme est en train de basculer vers un système à deux vitesses :
« Avant, la différence venait du dopage. Aujourd’hui, c’est du dopage financier », a-t-il dénoncé, soulignant la difficulté pour les équipes modestes de conserver leurs talents face aux offres des mastodontes du peloton.
Les clauses de rachat et indemnités de rupture de contrat tendent d’ailleurs à se généraliser, comme l’ont montré récemment les transferts d’Oscar Onley, Juan Ayuso, Cian Uijtdebroeks, Maxim Van Gils ou Remco Evenepoel, rapprochant encore davantage le cyclisme du modèle économique du football.
Salaires en hausse, modèle fragile
Cette dynamique se reflète également dans les rémunérations. Le salaire moyen d’un coureur indépendant atteint désormais 350 000 euros par an, en hausse de 5,6 %, tandis que le salaire moyen global d’un coureur sous contrat est estimé à 654 000 euros. Les sprinteurs de premier plan capables de gagner sur les Grands Tours peuvent espérer environ 1,5 million d’euros annuels, quand un équipier solide du Tour de France avoisine le million.
Depuis 2023, les salaires des coureurs salariés ont augmenté de 40 %, contre 24 % pour les indépendants, une progression bien supérieure à l’inflation. En parallèle, le rapport souligne la fragilité structurelle du système : 87 % des revenus des équipes WorldTour proviennent encore du sponsoring, confirmant une dépendance quasi totale à des partenaires privés.
Avec 555 coureurs sous contrat et plus de 1 300 employés au total, le cyclisme professionnel n’a jamais été aussi coûteux à faire tourner. Reste à savoir si cette inflation permanente pourra s’accompagner d’une croissance équivalente en termes de popularité, d’audience et de retombées économiques. À défaut, le risque est réel de voir le peloton se fracturer durablement entre riches et moins riches.

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